Le premier mai dernier, Léon Tillieux, namurois de 61 printemps, quittait la Belgique pour un périple de plusieurs mois à vélo à travers les Andes, seul. Point de départ: Quito, Equateur. Arrivée: Salta, puis Buenos Aires, Argentine. Et entre les deux: le Pérou et la Bolivie. Soit plus de 6000 km, sur les routes parmis les plus hautes des Andes. Un vrai défi pour ce cycliste chevronné, qui n’en n’est pas à sa première expérience de long périple sur deux roues…
Ces dix dernières années, Léon a déjà relié Namur à St-Petersbourg, mais aussi à Yalta. Ses coups de pédales l’ont aussi emmené au Bengladesh, où il est parti visiter les projets de la Fondation Damien.
Ce WE, Léon nous a fait l’amitié d’une visite, bien que Santa-Cruz ne soit pas sur son itinéraire andin.
J’ai rencontré Léonn en 2003, lorsque je travaillais à Namur pour Entraide et Fraternité. A cette époque, il était bénévole pour l’ONG belge et sa participation active a permis la réalisation de nombreux projets d’éducation au développement (conférences, expositions…). Nous sommes restés en contact au fil des ans, pour finalement nous revoir en Bolivie! Je profite de l’espace de ce blog pour vous livrer une petite interview. Mais qu’est-ce qui peut bien pousser Léon, à l’âge de la retraite, à traverser les Andes sur un deux roues?

Léon, quelles sont les raisons qui t’ont poussé à te lancer dans ce périple à travers les Andes?
Il y a 35 ans, j’ai travaillé durant 3 années comme objecteur de conscience au Brésil, avec des paysans, dans la création d’une coopérative. Je caressai depuis longtemps le rêve de connaître l’autre face de l ‘Amérique Latine, celle de l’Altiplano. Et de rencontrer les petits agriculteurs quechuas et aymaras (cf, groupes ethniques principaux en Bolivie et au Pérou), qui sont très différents des brésiliens. Les mentalités des personnes de l’Alptiplano sont aux antipodes de celles des personnes vivants dans les plaines tropicales du Brésil: plus rudes, les contacts humains sont moins faciles. Le caractères des habitants de l’Alptiplano est forgé par le climat, hostile.
Léon, tu es partis depuis plus de 5 mois, et tu as déjà parcouru 5000 km. Quelles ont été les principales difficultés rencontrées?
Jusqu’à présent, mon pire ennemi a été… l’altitude. Je suis passé par des cols entre 4000 et 5000 m, et l’adaptation à ces conditions climatiques extrêmes a été très difficile. Au Pérou, la route a été constamment rythmée par des dénivelés énormes, ce qui a rendu mon parcours assez pénible physiquement. De plus, l’état des routes (1/3 des trajectoires parcourues étant non asphaltées, ce qui représente + de la 1/2 du temps de voyage!) combiné au poids du vélo (15 kg) et des bagages (35 kg) n’ont fait que rendre plus dures les conditions de voyage.
Quels aspects positifs de ton voyage aimerais-tu évoquer ici?
Avoir pu vaincre mes appréhensions et les difficultés rencontrées est ma plus grande satisfaction. Je sais à présent que les limites de l’impossible peuvent être repoussées! Réussi à dépasser des obstacles immenses, relever des défis auxquels je ne croyais plus, cela me donne la motivation de persévérer et de relever d’autres défis. J’ai la conviction que vivre une telle expérience est à la portée de bien des personnes qui pensent que pour elles, cela n’est pas possible!
Quels sont les clés de la réussite d’une telle aventure?
La constance, la persévérance, pouvoir prendre le temps et apprendre la patience. Les gens que j’ai croisé sur le chemin, même brièvement, et qui m’ont encouragé, cela m’a donné beaucoup de force pour continuer. Au Pérou par exemple, la vie des chauffeurs de camion est extrêmenent difficile, c’est un métier très dur où les travailleurs ne connaissent pas le repos. C’est souvent de ces personnes que j’ai recu le plus d’encouragement: un signe de la main, un coup de klaxon. Je pense que le fait de voir quelqu’un sur la route qui vit aussi des moments difficiles, cela leur donne envie de me soutenir, de marquer leur solidarité.
A titre de comparaison, dans mes voyages précédent en Europe, j’ai senti beaucoup plus d’indifférence de la part des gens croisés sur les chemins.
Quelles sont tes premières impressions sur la Bolivie?
Tout d’abord au niveau géographique, la différence est très grande avec le Pérou. Même si l’altitude est plus élevée ici, sur mon parcours les différences de dénivelés sont moins fortes.
J’ai été fort étonné de découvrir que les 2/3 du territoire bolivien ne sont pas andins, mais sont constitués de plaines et de tropiques! En ce sens, je retrouve pas mal de similitudes avec le Brésil.
Ce qui m’a marqué aussi en Bolivie, c’est la rudesse et la force de caractère des aymaras. Je comprends mieux pourquoi il s’agit du peuple qui a le plus résisté à l’invasion des espagnols…
Quels sont tes projets futurs une fois de retour en Belgique (cf le 10 décembre prochain) ?
Tout d’abord, organiser une conférence de presse au retour pour essayer d’avoir un maximum d’échos dans les médias, et ainsi commencer mon travail de sensibilisation.
Après un mois de repos et de retrouvailles avec la famille et les amis, je commencerai le montage de mon film (cf, Léon filme et photographie son périple au quotidien) avec deux amis journalistes. Une fois ce reportage réalisé, je me lancerai dans une série de conférences et de témoignages pour partager les acquis de mon périple, les valeurs, les défis auxquels j’ai été confronté. Je souhaite également parler des personnes, des cultures rencontrées.
Dans 2 ans, j’espère repartir pour un autre voyage à vélo. Peut-être en Asie ou dans un pays de l’ex-Urss. Une contrée avec des montagnes, c’est sûr, car maintenant je sais que les exploits sportifs d’altitude sont à ma portée!

Rencontre conviviale à la maison entre Léon et les amis et collègues de Volens.


